Par le questionnement du statut de l’œuvre et de l’auteur, l’artiste débute une démarche expérimentale relative à l’outil et la production. En questionnant la nature de leurs outils, les artistes comme Tinguely, Duchamp ou Sol Lewitt cherchent à produire une légitimité artistique. Ils vont introduire des principes qui remettent en cause le rapport de l’artiste et de son œuvre et le rapport de l’œuvre au spectateur. En cela, par la mécanisation du processus créatif, une nouvelle production de l’œuvre abouti sur une pensée logique qui inclut l’idée de variabilité, de production et d’exécution de systèmes. La révolution industrielle développe les moyens de productions qui automatisent les actions faites auparavant manuellement. En ce sens, l’homme diminue les tâches répétitives pour automatiser sa production. Le concept d’automatisation de la production et l’utilisation de la machine, comme la table traçante, engendre chez les artistes un moyen de multiplier les possibles face à des recherches artistiques centrées sur les systèmes. L’artiste produit l’idée sous forme de langage qui est interprété par la machine. C’est finalement la machine qui produit l’œuvre de manière infinie. L’œuvre devient l’idée et plus seulement la production.
Avec l’évolution technologique, le domaine artistique et le domaine scientifique tendent à se rapprocher par l’introduction et l’utilisation de la machine à chaque étape, de la conception à la réalisation. Ce rapprochement engendre de nouvelles formes et de nouvelles pratiques dont l’utilisateur/spectateur bénéficie dans une dynamique collaborative. L’artiste, confirme son rôle de médiateur des sensations entre l’œuvre et le public. L'évolution des technologies permet le développement d’interactions notamment face aux écrans dont les formats sont désormais multiples jusqu’à se dématérialiser.
Pour le designer graphique, l’ordinateur est devenu indispensable dans sa démarche de création. À la fois élément dominant dans le partage de l’image et finalité de la production, l’ordinateur est la machine qui permet de pratiquer des actions rapidement et facilement pour répondre à une demande et ceci par l’intermédiaire de logiciels.
L’accessibilité et la popularisation de l’ordinateur et des outils logiciels qui l’accompagne provoque des changements fondamentaux du métier de designer graphique. Des outils de travail performants sont continuellement mis à jour. Leurs utilisations sont courantes et standardisées et même instinctives. Les transformations technologiques bouleversent les pratiques graphiques dans le but de permettre son accès au plus grand nombre. De ce fait, l’automatisation des actions dans les logiciels WYSIWYG, et leur transcription visuelle directe dans la création graphique provoque une démocratisation supplémentaire de la pratique du designer graphique. C'est aussi le cas pour l’intelligence artificielle qui cherche à produire une qualité graphique puiser dans cette forme de soumission logiciel.
Le développement de systèmes qui anticipent les actes pour un usage intuitif semble être renforcé. Notre libre arbitre est, plus souvent, influencé inconsciemment. Pour échapper à ces différents systèmes programmés, le designer doit participer à la sensibilisation des pratiques en relation directe avec la conception de programmes numériques, et partager sa culture, son savoir et son expertise artistique, technique et sensible.
Pour s’émanciper des industriels de l’interface graphique et de la standardisation, le designer graphique doit favoriser et réinventer une production qui offre de nouvelles façons de faire, basées sur la compréhension des spécificités techniques propre à l’informatique. Le designer graphique, conscient de sa relation à l’outil du logiciel graphique, peut s’émanciper dans le but de proposer un système de création évolué qui introduit la machine non plus comme un outil mimétique d’accélération de production mais plutôt comme un atelier de production d’autres outils pour servir toutes les étapes de la création. De ce fait, la réflexion du designer graphique devrait porte sur l’élaboration de son outil, grâce notamment aux logiciels libres et à l’Open Source. Tout comme les artistes du XXe siècle qui soulignent le rôle de l’outil ou de la machine dans la production d’œuvre pour les détourner et enfin les transformer dans le but de se les réapproprier et de les questionner. Le designer graphique doit interroger la place des logiciels puis les détourner, les questionner, mettre en évidence leurs contraintes et enfin les modifier pour élaborer son système graphique. L’obtention d’une production visuelle relative à une recherche est le résultat, à la fois d’une réflexion de la création de l’outil, de son utilisation et de son influence sur la finalité formelle. Le rapport sensible avec la programmation peut permettre un dépassement des outils qui existent dans la précision graphique tout en ouvrant les possibilités de résultats inattendus.