1. Des processus mécaniques
La machine comme œuvre
L’introduction de la machine dans la création est liée à des mouvements artistiques antérieurs comme Dada, Fluxus et l’art conceptuel. Ces mouvements ont en commun la participation du public, la mise en place de règles structurelles et la remise en cause de l’objet artistique.
Les dadaïstes rejettent la raison et la logique, ils veulent s’approprier des nouveaux outils dans le but de créer de nouvelles images. La volonté de destruction de l’art inclut les valeurs du hasard, de l’automatisme et de l’instant créateur dans le processus créatif.
La poésie dadaïste repose sur une variation aléatoire de mots et de vers. Des règles sont créées et contrôlées pour être combinées à la notion d’aléatoire. Ici, les règles peuvent être combinées à des règles mathématiques, des algorithmes. Les instructions sont paramétrées, La rotative plaque de verre, optique de précision8 de Marcel Duchamp img.1 explore cette idée par la mécanisation des effets optiques. Le spectateur doit mettre en marche l’engin pour expérimenter le mouvement produit. La machine est une performance visuelle qui introduit le spectateur dans sa production.
Le mouvement Fluxus se fonde également sur l’exécution de procédures. L’un des fondateur les plus connus, John Cage réalise des compositions musicales combinant les instructions avec le hasard. Le hasard est une notion qui devient importante dans l'utilisation de médium en interaction avec le spectateur
Tinguely, la machine comme production de l’œuvre
Dans les années 1950, Jean Tinguely cherche à mécaniser la production du dessin. Il crée une Machine à dessiner img.2. Il dévoile son installation lors de l’exposition Le Mouvement qui dresse le bilan de l’Art cinétique en 1955. J. Tinguely définit des paramètres de production et de devenir du dessin. La machine devient alors un organe qui exécute les tâches assignées par son créateur. Par ce travail, J. Tinguely illustre la communication entre la machine et l’homme dans la production de formes. Il mécanise et automatise une production par un processus qui varie selon la manipulation de l’utilisateur. Ce dernier peut choisir le médium employé : stylos, craies, feutres, le type de papier ou encore de la pression exercée par le traceur. La durée de fonctionnement de la machine et la durée d’utilisation de la couleur viennent s’ajouter aux paramètres qui créent l’œuvre. Ce processus mécanique produit des dessins uniques. Comme déjà évoqué en introduction, le choix de l'outil donne à voir une représentation différente car l'outil utilisé modifie la perception de la forme. Enfin, par sa démarche de cession de la production, Tinguely isole le concept de l’œuvre par rapport à son exécution.
Sol Lewitt, l’œuvre programmée et définie par des règles
Les mathématiques et la logique sont utilisés par certains artistes minimalistes comme Sol Lewitt. Lorsqu’il crée des dessins à réaliser directement sur le mur, il ne fusionne pas la conception et la réalisation. Il délivre le processus de production de l’œuvre. Les paramètres du dessin sont fixés selon les dimensions, les caractéristiques architecturales du lieu de l’exposition.
Les dessins muraux ont un certificat img.3 accompagné d'un diagramme qui permettent leur exécution dans le cadre d'une visualisation qui se veut essentiellement mentale. Là, contrairement à ce qui se passe pour la réalisation de ses structures, l'artiste laisse quelques libertés dans la réalisation de l'œuvre.
En l'occurrence selon lui, une fois que l'idée de l'œuvre est définie dans l'esprit de l'artiste et la forme finale décidée, les choses devront suivre leur cours. L’artiste ne peut pas imaginer toutes les conséquences possibles. Chez Sol LeWitt, c’est l’idée de l’œuvre qui doit être prédéterminée, programmée, sans surprise, et non l’œuvre réalisée. Cette délégation de pouvoir à ceux qui réalisent un Wall Drawing img.4 ne marque pas l'impersonnalité de l'œuvre, elle lui donne son autonomie artistique puisque sa forme ne peut plus dépendre de la subjectivité de l'artiste. C'est dire que pour être déplacé ou vendu, un Wall Drawing est refait. Même en changeant d’aspect, il reste toujours le même car seul son concept est ‘vendu’. Dans son écrit, Paragraphs on Conceptual Art9, Sol LeWitt explique que le but de son travail est de mettre en évidence l’idée qui forme l’œuvre. Pour lui, l’œuvre en soit, son résultat final n’est que la représentation de l’idée. L’idée, le concept, est l’essence pure de l’œuvre :
« Je qualifierai de concept art le genre artistique dans lequel je me suis engagé. Lorsqu’un artiste utilise une forme conceptuelle, cela signifie que toute la programmation et les décisions sont faites à l’avance et que l’exécution est une affaire de pure forme. L’idée devient une machine qui produit l’art ».C'est en 1968 qu’il réalise des Wall Drawings, peintures murales qui se composent par la répétition de motifs géométriques en couleurs primaires. Il suit des principes de progression géométrique.
— Sol Lewitt, Artforum, 1967