L'OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE
DU DESIGNER GRAPHIQUE

Mémoire de fin d'étude
élodie da silva costa
2017

SOMMAIRE

Introduction

  1. MACHINES & FORMES
    1. Des processus mécaniques
      1. La machine comme œuvre
      2. Tinguely, la machine
        comme production de l’œuvre
      3. Sol Lewitt, l’œuvre programmée
        se définie par des règles
    2. Évolutions & expérimentations
      1. Le Sketchpad, la relation graphique entre homme et machine
      2. L’écran et la souris, les outils
        de la relation homme-machine
    3. L'expérimentation par l’ordinateur
      1. L’arrivée de l’ordinateur
        dans la création
      2. L’ordinateur comme outil
    4. L’évolution technologique
      1. La révolution numérique comme
        champ d’expérimentations initiatrices
      2. Programmer, une interaction graphique entre l’homme et la machine

  2. UNE AUTOMATISATION GRAPHIQUE
    1. La popularisation de l’ordinateur
      1. La machine comme œuvre
      2. Évolution de l’ordinateur
      3. Développement des logiciels
    2. Les amateurs au pouvoir
      1. Appropriation des logiciels
        par les amateurs
      2. Les générateurs
    3. L’uniformisation des pratiques
      1. L’automatisation
      2. La standardisation
    4. L’intelligence artificielle
      1. L’IA de la sensibilité est-elle possible?
      2. Une éthique de la machine
      3. Une remise en question du designer graphique

  3. NOUVELLES PRATIQUE GRAPHIQUE :
    une transformation créative
    1. Un processus évolutif
    2. Des formes graphiques nouvelles
      1. Des identités graphiques
        et génératives
      2. Les détournements des standards
      3. Les formes de la data,
        visualiser le monde des données
    3. La production de nos propres outils
      1. Des logiciels libres et open sources
      2. Des machines artisanales

    Conclusion

    Iconographie

    Entretiens

    Lexique

    Bibliographie

    En résumé

    Remerciements

UNE AUTOMATISATION
GRAPHIQUE


2. Les amateurs au pouvoir

Appropriation des logiciels par les amateurs

Depuis l’apparition du logiciel de Microsoft, Word en 1984, le traitement de texte par l’informatique devient de plus en plus répandu. Disponible sur mac et pc, son utilisation est devenue quasiment systématique. Plutôt que d’inscrire des mots sur un papier de manière manuscrite, l’ouverture du logiciel et l’utilisation du clavier sont devenu des réflexes. Les lettres de motivations manuscrites se transforment en lettres calibrées par les gabarits en libre accès dans le logiciel. Les enveloppes sont imprimées grâce à la fonction lettre. En somme, les moyens techniques permettent d’émettre les messages les plus intimes sous forme graphique proche d’une expertise professionnelle. Tous les paramètres de ce logiciel sont fait de manière à manipuler du texte automatiquement. La mise en page devient une affaire de bouton. Le choix multiple des typographies permet une personnalisation à son gré et sans contrainte. Bref, l’accessibilité du logiciel est à la portée de tout individu.
« Je pense qu’il y a une grande force d’homogénéisation que les logiciels imposent aux gens et qui limite leur façon de penser ce qui est possible sur ordinateur ».
— Golan Levin, TED, L’art logiciel, 2004
Pour Lev Manovich, il est un « metamedium », c’est à dire qu’il est capable d’imiter les autres médiums, la peinture, le tampon…. Il est une imitation des outils traditionnels. Il est à l’origine des photomontages. L'utilisation de ce logiciel démocratise la création d’images en tout genre. Comment distinguer les productions amatrices de la production graphique professionnelle ? Le designer graphique connaît les règles et les tendances, ce qui peut se faire ou non. L’utilisateur s’approprie le logiciel comme ce fut le cas à l’arrivée de l’appareil photographique. Au début du XIXe siècle, l’appareil photographique produit une image par la machine de manière instantanée, l’instrument se développe et investit rapidement les foyers. Le statut du photographe amateur est questionné de même qu’aujourd’hui avec la démocratisation informatique. Toute personne possédant Microsoft office peut réaliser des affiches et des flyers, sans même avoir conscience qu’elle active des mécanismes complexes de calculs.

Les générateurs

De même que les logiciels de traitement de texte, l’utilisateur peut désormais créer une identité graphique sans avoir recours à quelconque manipulations graphiques. Il suffit de deux clics de souris sur un navigateur et les générateurs de logos en ligne offrent une multitude de propositions graphiques. Le développement des générateurs est en plein essor. En quoi consiste ces générateurs ?
Générateur de logo Un générateur de logo produit un signe graphique appelé logotype. Le mot générateur vient du terme « générer » qui veut dire engendrer quelque chose. Des opérations sont élaborées dans le but de donner un résultat. Le générateur produit des calculs qui vont proposer des images.

Qu’est ce qu’un logotype ?

Un logotype est la représentation visuelle de toute organisation qui souhaite se faire connaître dans le but d’être immédiatement identifiable visuellement et de se différencier des autres organisations. Ce logotype représente une idée, un concept qui porte graphiquement l’organisation en question. Ce générateur propose un rendu visuel à partir de paramètres plus ou moins précis définis au préalable par l’utilisateur. Par exemple, sur la plateforme Hipster logo generator img31., la première étape consiste à choisir entre différentes formes géométriques (carré, rond, croix), par la suite, l’utilisateur est amené à choisir des formes plus travaillées (pictogrammes relatifs à des champs comme les transports, la restauration, etc…). Après le choix typographique et les couleurs, l’utilisateur peut télécharger son logo sous le format png en basse résolution. En quatre étapes maximum, le logo est généré. Sur cette plateforme, le choix est restreint à des formes simples. Sur la plateforme logogenie.fr, après avoir choisis le domaine professionnel et écris le nom de l’organisation, il est possible d’accéder à une dizaine de propositions. L’utilisateurs n’a plus qu’à choisir celle qui lui convient le mieux. Chacun des domaines professionnels possède une banque de données d’images prédéfinies qui vont être associées aléatoirement avec le nom de l’organisme inscrit par l’utilisateur. Ce générateur restreint davantage l’utilisateur que la plateforme Hipster logo generator. Elle semble offrir de nombreuses propositions de formes. En regardant attentivement et après plusieurs générations de logo, on s’aperçoit que les couleurs et les associations images/typographies sont récurrentes. Résultat : plusieurs organisations ou entreprises peuvent hypothétiquement se retrouver avec le même logo. Ces générateurs de logo deviennent de plus en plus nombreux sur le web et dérangent les professionnels du graphisme. Le designer graphique Geoffrey Dorne en fait une sorte de parodie en 2008 en élaborant un générateur de logo de ville img32. Pour cela, il utilise les formes importées de logos de villes déjà existants. L’utilisateur doit simplement écrire le nom de la ville et cliquer sur le bouton « créer ». Un logo est généré accompagné d’un texte explicatif. En cliquant de nouveau sur le bouton « recréer », un nouveau logo apparaît. Par cette plateforme, G. Dorne démontre l’absurdité du générateur de logo qui n’est pas en mesure de transcrire graphiquement une représentation urbaine symbolique. Certains graphistes détournent l’idée de générateur de logo comme plateforme rapide, simple et peu onéreuse pour élaborer des système identitaires forts et justifiés.

Un générateur de logo comme identité visuelle

Le générateur de logo réalisé par l’atelier parisien Müesli34 pour la Frac Centre en 2009 démontre cette tendance du design génératif. Julie Rousset, Léa Chapon et Mytil Ducomet élaborent une identité générative. Pour cela, ils emploient des données spécifiques dans la création de leur logo. Ils ont dans d’abord définit les informations nécessaires à la production visuelle du logo. Ces informations doivent être chiffrées. Dans ce cas, elles sont définis en quatre catégories : généralités sur la frac — les phénomènes terrestres — société/général — les phénomènes météorologiques. Dans ces catégories, des informations sont catégorisées : nombre de visiteurs — masse de la terre — énergie produite — température. Par la création d’un « générateur de logo » le visiteur est apte à générer une des nombreuses formes possibles selon les informations choisies. Ce générateur de logo est un moyen de traitement de l’information dans un but de représentation graphique en constante évolution et dont les résultats sont infini. Contrairement aux générateurs de logo vu précédemment, les designers de l’atelier Müesli réussissent à employer le génératif dans une pratique similaire à celle des artistes des années soixante.

Générateur de grilles

Josef Müller brockmann définit les bases de la mise en place de la grille dans son ouvrage Grid System en 1968. Il fonde les règles d’organisation de mise en page afin de permettre la bonne lecture de l’information. Cette ouvrage démontre les structures verticales et horizontales de mise en page du texte. Il définit les structures qui permettent la lisibilité. L’espace entre les colonnes, l’interlignage, le corps de texte.

“The grid system is an aid, not a guarantee. It permits a number of possible uses and each designer can look for a solution appropriate to his personal style. But one must learn how to use the grid; it is an art that requires practice.”
— Josef Müller-Brockmann

Il est possible de générer des grilles « standards » par des plateformes dédiées. Thegridsystem.org en est un exemple. Cette plateforme propose de télécharger des templates à utiliser dans tous types de logiciels (word, indesign…) et d’accéder à des outils qui sont des générateurs de grilles pour la création de sites internet. On trouve différentes grilles téléchargeables pour du responsive design (adaptation du design sur tous les formats, de l’écran d'ordinateur jusqu'au smartphone) pour du webdesign. Des grilles disponibles sous forme de codes pour l’intégration directe dans l’élaboration de son site. En somme, ces outils d’accélération en libre accès contribuent à une uniformisation des interfaces graphiques sur internet. De ce fait, ce procédé tends à standardiser la forme graphique des sites en ligne.

_ Pourquoi avoir recours à ces outils ?

Pourquoi l’utilisation des générateurs de logo devient-elle si populaire ? Il est vrai que générer un logo par une plateforme en ligne de création automatique parait être un choix plus simple, plus rapide et moins onéreux. Le processus de recherche, de création, d’échanges entre le designer graphique et son client sont avortés. De plus, en utilisant les générateurs, l’utilisateur a l’impression d’être au cœur du processus de la création de son identité et d’en être l’auteur.







































Atelier Müesli, www.ateliermuesli.com. Consulté le 15.02.17.
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